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03/09/2014

Raymond Koffi:"Si rien n’est fait pour les COOPEX-PMIEX, il n’y aura plus de sociétés nationales dans la filière Café-Cacao"

GIE PMIEX-COOPEX, Café-Cacao, Concurrence Multinationale Café CacaoLa réforme de Ouattara taille la part de lion aux Multinationales exportatrices de Café-Cacao au détriment des sociétés nationales. Entouré de ses collaborateurs, M. Raymond KOFFI, Président du Groupement d’Intérêt Economique des Petites et Moyennes Industries et des Coopératives Exportatrices de Café-Cacao (GIE PMIEX-COOPEX), a animé une conférence de presse ce mercredi 3 septembre 2014 au 10ème étage de l’Hôtel IVOTEL à Abidjan-Plateau, à 10h. Le GIE PMIEX-COOPEX a tenu à dénoncer la concurrence impitoyable que les multinationales imposent aux opérateurs ivoiriens dans ce secteur. Par la voie de son Président, les exportateurs ivoiriens lancent la sonnette d’alarme : « Si rien n’est fait pour les COOPEX-PMIEX , il n’y aura plus de sociétés nationales dans la filière Café-Cacao »
Ci-après, l’exposé liminaire de la Conférence de presse recueilli par DeboutCiv

"Mesdames, Messieurs les journalistes 
Chers invités, 
Chers Membres, 
Nous vous remercions d’avoir répondu à notre invitation de ce jour dont l’objectif est de vous informer de la constitution du Groupement d’Intérêt Economique des Petites et Moyennes Industries et des Coopératives Exportatrices de Café-Cacao en abrège GIE PMIEX-COOPEX. 
Ce Groupement a été créé dans le cadre du Programme d’Appui aux Petites et Moyennes Entreprises Exportatrices et transformatrices de Café et de Cacao et pour combler un vide. 
En effet, Les multinationales et les grands exportateurs sont regroupés au sein du GEPEX et du GNI (Groupement des Négociants internationaux).Ils ont aidé à propulsé la filière à ce niveau que tous nous apprécions. 
Il était donc temps que les nationaux s’organisent plus efficacement pour occuper la place qu’ils n’auraient jamais dû perdre. 
La création de ce GIE répond à une volonté des PMIEX-COOPEX et des industriels nationaux de mutualiser leurs efforts en vue d’obtenir de meilleures performances. Cette initiative a même été encouragée par une recommandation du Ministre de l’agriculture contenue dans son courrier du 24 Mars 2014 relatifs aux Mesures d’appui aux PMIEX-COOPEX. 
Ainsi, Des opérateurs représentant au moins 75% du volume du cacao exporté par les nationaux constituent les membres de ce Groupement. 
Pour comprendre nos objectifs et nos missions, nous articulerons nos propos autours des points suivants : 
• Rappel du contexte du retour à la stabilisation ; 
• La situation des PMIEX – COOPEX avant le retour à la stabilisation ; 
• Les contreparties réservées aux Entreprises nationales dans le document de stratégie de la reforme ; 
• La situation actuelle des PMIEX-COOPEX 
• Les solutions envisagées pour les PMIEX – COOPEX 

RAPPEL DU CONTEXTE DU RETOUR A LA STABILISATION 
Comme nous le savons tous, L’Etat ivoirien, sous l’impulsion des Partenaires au Développement, s’engagea à partir des années 1997/1998, dans une profonde réforme des filières café cacao. 
L’objectif de ces reformes était d’améliorer le revenu du producteur. Mais force est de constater qu’en l’absence d’une régulation efficace, des défaillances importantes se sont accumulées dans la gestion du système libéralisé de la filière et les effets espérés de la réforme n’ont pu répondre entièrement aux attentes des principaux acteurs. 
Pour corriger Ces défaillances, l’Etat a initié depuis la campagne 2012/2013 une dernière réforme qui vise notamment la sécurisation du revenu du producteur par l’instauration d’un prix minimum garanti ainsi que l’amélioration de la commercialisation intérieure et extérieure ; 
Le principal axe de cette réforme est le retour au mécanisme de stabilisation des prix qui se distingue principalement par un programme de vente anticipée à la moyenne(PVAM) selon un système d’enchère. 

LA SITUATION DES PMIEX –COOPEX AVANT LE RETOUR A LA STABILISATION 
Pour mémoire, les appuis aux COOPEX-PMEX sont à classer dans le domaine des aides aux PME en général. 
- Avant la libéralisation de 1999, les opérateurs nationaux représentaient 24% de l’activité d’exploitation. 
- En 2000-2001, leur part de marché est passée à 5%. la mise en place d’un mécanisme facilitant leur accès aux produits a permis à cette catégorie d’opérateur de passer rapidement de 5% de part de marché à 25% en 2002-2003. 
- Depuis la campagne 2003/2004, à la suite de la perte de compétitivité de ce type d’opérateurs vis-à-vis des multinationales industrielles qui ont de leur côté, conservé d’énormes avantages fiscaux utilisés dans l’achat bord champ, leur marginalisation progressive a fait chuter leur part dans le cacao exporté à moins de 5% aujourd’hui. 

Les mesures prises pour les aider à redevenir des acteurs plus importants de la filière se sont succédées sans que les objectifs fixés n’aient pu être atteints.

L’inefficacité de ces appuis tient à de nombreuses causes parmi lesquelles les plus importantes sont: 
- La part quasi monopolistique des multinationales dans le système de commercialisation résultant entre autres des écarts de compétitivité dont ils bénéficient ; 
- Un environnement institutionnel peu favorable avec l’application systématique de sanctions contre les COOPEX-PMIEX et une absence de représentation significative de celles-ci dans les instances décisionnelles ; 
- Un lourd tribut payé à la crise post-électorale de 2010/2011. 

LES CONTRE-PARTIES RESERVEES AUX ENTREPRISES NATIONALES DANS LE DOCUMENT DE STRATEGIE DE LA REFORME 
Le nouveau système de vente aux enchères met en compétition les petits exportateurs avec les multinationales. 
Pour permettre aux PMIEX-COOPEX de faire face aux distorsions de marché provoquées par le nouveau système de stabilisation, ces derniers ont pu obtenir lors des négociations avec le conseil café-cacao (CCC), 

D’une part 
Que les contrats débloqués par les opérateurs étrangers auprès du conseil café-cacao (CCC) seraient exécutés par les opérateurs nationaux ; 

Et d’autre part, 
Que Les PMIEX - COOPEX seraient représentées au Conseil d’Administration du conseil café-cacao pour améliorer leur capacité de négociation vis-à-vis du régulateur. 
Aujourd’hui on peut constater que ces promesses n’ont pas été tenues. 
En ce qui concerne la rétrocession des contrats aux nationaux du volume réservé aux opérateurs internationaux 
Le nouveau mécanisme de commercialisation permet au Conseil café-cacao de vendre directement 20% du tonnage disponible aux opérateurs internationaux. 
La vente des 20% du volume auprès des opérateurs internationaux se fait aux enchères dans les mêmes conditions que les opérateurs locaux sur la plateforme électronique de messagerie créée à cet effet.

Pour l’exécution de ces contrats, le Conseil du Café-Cacao s’était engagé à confier en exclusivité l’exécution de ces contrats aux opérateurs nationaux. 
Cet engagement qui est pris dans le document d’opérationnalité et de stratégie de la réforme ne s’applique pas entièrement. 
En effet, contrairement aux engagements, qui réservaient la totalité de ce volume aux PMIEX- COOPEX, les nouvelles modalités adoptées par le conseil café-cacao par rapport à la rétrocession des 20%, des contrats internationaux et relatifs à l’exécution de ces contrats sont les suivantes: 
1. l’opérateur international peut librement choisir le ou les chargeurs de ses contrats dans la limite de 50% du volume total acquis sur la période indiquée; 
2. le choix du chargeur pour les 50% du volume restant devra s’opérer au sein d’un pool d’opérateurs locaux dont les noms seront communiqués par le Conseil du Café cacao. 

Pour les PMEX -COOPEX, ce mode de mise à marché pose au moins deux problèmes: 
- il contourne les règles de limitation des volumes d’exportation en améliorant le volume dont peuvent disposer les multinationales; 
- les critères de sélection des chargeurs par le conseil café-cacao (CCC), n’ont pas été suffisamment expliqués jusqu’à ce jour. 

En ce qui concerne la représentation des PMEX-COOPEX au sein du Conseil d’Administration du conseil café-cacao (CCC) 
Pour améliorer l’implication des PMIEX –COOPEX dans la gestion de la filière, il avait été convenu de désigner leur représentant au sein du Conseil d’Administration du conseil café-cacao (CCC). 
Aujourd’hui cette représentation est assurée par une multinationale et la période indiquée pour l’entrée des PMIEX-COOPEX est largement dépassée. 
Faut-il le rappeler cette représentation devrait permettre aux PMIEX-COOPEX de défendre leur intérêt au plus haut niveau.

LA SITUATION ACTUELLE DES PMIEX-COOPEX 
Bien qu’ayant payé le plus lourd tribut à la crise postélectorale compte tenu de leur fragilité et de l’absence d’instruments de protection contre les fluctuations des cours du café-cacao, les COOPEX-PMIEX n’ont encore obtenu aucune compensation à ce jour de l’Etat de Côte d’Ivoire. 
Or pourtant l’État avait promis des mesures d’accompagnement pour faire face aux préjudices causés par la crise post-électorale (pillage et interdiction d’exporter…) 
Par ailleurs, Le nouveau mécanisme de commercialisation en introduisant des notions nouvelles telles que les enchères, les cautions de déblocage, en autorisant les multinationales à accéder aux achats bord champ et en mettant en place un système de rétrocession de 20% du volume par le conseil a fait naitre de nouveaux obstacles aux Coopex-Pmiex. 
Les COOPEX-PMEX se sont donc rencontrées le Jeudi 20 Février 2014 en vu de faire le bilan des deux premières années de la réforme de la filière Café-Cacao. 
Il ressort de cette rencontre que la quasi-totalité des COOPEX-PMIEX sont depuis ces deux dernières années dans l’incapacité d’exercer convenablement leur activité d’exportateur de café-cacao, leurs bilans sont éloquents à ce propos… 
Par exemple, la coopérative qui a son produit ne peut pas l’exporter si elle n’obtient pas d’enchères; elle doit donc entrer en concurrence avec les multinationales pour exporter le produit de ses propres labeurs. 
Un autre exemple est relatif aux cautions de déblocage. 
En effet, les banques exigent généralement un dépôt en espèce d’environ 30 F/KG pour délivrer la caution de déblocage. 
Ainsi, pour une Coopérative ou une PMIEX qui ambitionne d’exporter 10 000 Tonnes de cacao, il lui faudra mobiliser 300 000 000 FCFA en espèce pour obtenir les cautions de déblocage. Avec ce niveau fixé par le conseil café-cacao (CCC), il va sans dire que la caution de déblocage est un facteur qui limite excessivement la participation des opérateurs nationaux au processus de commercialisation du cafe-cacao de Côte d’Ivoire. 
En outre, le barème des couts appliqué pour la filière est en déphasage avec les couts réellement supportés par les PMIEX COOPEX. 

Au total, Ces contreperformances des COOPEX-PMEX résultent des raisons suivantes : 
1. L’impossibilité pour elles de compétir avec les multinationales dans un même guichet et aux mêmes conditions alors que celles-ci opèrent sur plusieurs origines et sont intégrées verticalement du produit fini au producteur ; 
2. La difficulté à obtenir des lignes de financements à cause de leur incapacité à débloquer des tonnages importants ; 

3. La difficulté à obtenir des contrats auprès des acheteurs internationaux qui eux-mêmes participent dorénavant aux enchères en Côte d’Ivoire et ailleurs ; 
4. L’important écart de compétitivité avec les multinationales sur un certains nombres de coûts de prestations notamment : les taux de crédits d’emprunt, de frais de fonctionnement, de transit, de fret maritime etc... Ces multinationales intégrées verticalement réalisent par consolidation des économies d’échelle. 

LES SOLUTIONS ENVISAGEES POUR LES PMIEX COOPEX 
Ces difficultés ont été à maintes reprises portées à la connaissance du Conseil Café-Cacao par les différentes organisations des COOPEX-PMIEX, à travers des correspondances, ainsi que lors des quelques différentes rencontres que le Conseil a bien voulu leur accorder. 
Un cabinet d’audit, en occurrence le cabinet AUREX a même été mandaté par le conseil café-cacao en vue de réaliser une étude justifiant l’utilité ou non d’une aide à apporter aux COOPEX-PMIEX et portant notamment sur les modalités de ces appuis. 
Le résultat de cette étude rendu public en début de campagne 2013-2014 a montré la nécessité d’aider les COOPEX-PMIEX par la mise en place d’une politique d’appui en vue de consolider leur présence dans la filière Café-Cacao, face à une situation de concurrence insoutenable. 
Le cœur du nouveau dispositif d’appui aux PMIEX-COOPEX ,proposé par le cabinet ,réside dans les mesures proposées relativement à la rétrocession des 20% du volume exportable. 
Les innovations sur ce point portent essentiellement sur une plus grande transparence dans sa répartition, traduite par un calcul précis des allocations des tonnages. 
En ce qui concerne les aspects juridiques du nouveau mécanisme d’appui aux COOPEX-PMIEX, le consultant a examinés la faisabilité juridique de ces appuis. 
Le consultant a conclu que la nécessité publique, notamment la protection des emplois crées par les COOPEX-PMIEX, peuvent justifier ces appuis. 
Ceux-ci sont d’ailleurs compatibles avec le Plan National de Développement 2012-2014. 
Mais malgré le résultat de cette étude et les nombreuses relances de nos différentes organisations, force est de constater que rien n’a été fait jusqu’à ce jour en matière d’aide à apporter aux COOPEX-PMIEX Ivoiriennes. 
CONCLUSION 
Nous nous sommes organisés pour que le Gouvernement nous aide. 
En attendant de rencontrer les pouvoirs publics, Les COOPEX-PMIEX viennent à nouveau et à travers cette conférence de presse, tirer la sonnette d’alarme sur l’avenir des entreprises nationales dans la filière Café-Cacao dont le nombre ne cesse de se réduire d’année en année. Celles-ci ne jouent pratiquement plus de rôle significatif. 
Mesdames, messieurs les journalistes, si rien n’est fait pour les COOPEX-PMIEX , il n’y aura plus de sociétés nationales dans la filière Café-Cacao au cours des prochaines campagnes. Ce que l’Etat de toute évidence ne pourra pas tolérer. 
Et si un nouveau dispositif d’appui n’est pas mis en œuvre, il est à craindre que cette catégorie d’opérateurs ne disparaisse de la filière. 
Une telle situation serait un constat d’échec tant sur le plan de la promotion des PME et entreprises nationales que sur celui de la lutte contre les monopoles et abus de position dominante. 
C’est pourquoi, les COOPEX-PMIEX viennent par la présente vous prendre à témoin et rappeler leur proposition pour la mise en place urgente d’un plan d’appui en leur faveur qui s’articule autour des points suivants : 
1. La mise en place d’un guichet spécialement dédié aux COOPEX-PMIEX avec un volume de tonne à leur allouer ; 
2. Une exonération de taxe à hauteur de 60F/KG minimum correspondant à l’écart de compétitivité; 
3. La dispense de cautions de déblocage ; 
4. Une garantie à première demande des lignes de crédit ; 
5. Garantir un tonnage aux transformateurs nationaux en rapport avec leur capacité sans passer par les enchères et également en rapport aux conditions économiques initiales lors de leur installation.. 
6. Donner aux Pmiex-Coopex leur place au sein du Conseil d’administration du conseil café-cacao (CCC) 
7. Garantir un tonnage aux COOPEX en rapport avec leur capacité sans passer par les enchères. 

Pour les COOPEX-PMIEX, la prochaine campagne qui va s’ouvrir est probablement la dernière occasion de sortir de leur marginalisation et de bénéficier de la chance de prendre un nouveau départ. Elles comptent donc sur l’aide de l’Etat, soucieux d’assurer une meilleure représentation des opérateurs nationaux et de rétablir les conditions d’une concurrence saine et loyale entre tous les opérateurs dans la commercialisation du café cacao. 
Nous terminons en rappelant que l’objectif du Gouvernement en faisant la réforme était de permettre aux producteurs d’aller le plus loin possible dans la chaîne de commercialisation pour profiter de meilleures plus-values. 
Les PMIEX-COOPEX comprennent l’immensité d’un tel chantier et souhaitent que le Gouvernement se penche également sur leur sort. 
Nous voulons également profiter de cette occasion pour remercier les Chancelleries qui nous ont reçu ainsi qui les institutions internationales et nationales. 
Plus précisément nous remercions L’Ambassade de SUISSE, la FAO, la Banque Mondiale, La chambre d’agriculture…… 
Nous disons également un grand merci au Ministre de l’Agriculture qui a donné les instructions nécessaires pour la mise en œuvre d’actions concrètes allant dans le sens de l’appui aux PMIEX –COOPEX. 
Nous encourageons le conseil café-cacao à mettre en œuvre les recommandations de l’étude qu’il a lui-même commanditée. 
Enfin, Nous lançons un appel à tous les PMIEX–COOPEX à nous rejoindre pour réussir cette exaltante mission de représentation et de plaidoyer 
Je vous remercie 

Pour le GIE PMIEX-COOPEX
Le Président 
RAYMOND KOFFI"

17:32 Écrit par Alain Doh Bi | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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