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04/02/2014

Le Quotidien AUJOURD'HUI en deuil: Le journaliste JC Koré n'est plus

Koré JC mort, Journaliste mortLa mort de J.C Koré
Comme si nos soucis quotidiens qui défigurent nos espoirs les plus évidents ne suffisaient pas, la mort de Jean Claude Koré, plus connu sous le nom de J.C. Koré qui travaillait au service économie, nous est parvenue hier de bonne heure et a accru notre impuissance face au mal qui le tenaillait depuis de nombreuses années. Ainsi, « Serpico », en souvenir des lunettes fumées qu’il portait sur des blues jeans à la façon de l’acteur américain des téléfilms de notre adolescence, est parti. Sans crier gare. Fatigué de lutter.
Et si sa mort nous met dans un tel état de nervosité, c’est parce qu’elle nous montre presque de manière prophétique le destin qui nous attend. Le sacerdoce de la pauvreté. Un ami qui a une compréhension assez intellectuelle de la pauvreté dans laquelle voguent généralement les artistes ou tous ceux qui s’y apparentent, tels les journalistes, m’a expliqué un jour pourquoi Georges Taï Benson avait des raisons de crier, au risque d’agacer tout le monde. Pour mieux me le faire comprendre, il me cita l’exemple d’une speakerine qu’il avait connue. Une vraie déesse de la télé dont l’image faisait fantasmer les téléspectateurs. Sais-tu, tentait-il de me prendre à témoin, combien cette fille touchait comme salaire ? Soixante quinze mille francs, répondait-il. Alors, cette femme était obligée, après son travail de rentrer dans la maison familiale où elle vivait. Telle était sa réalité. Le coupable n’était donc pas la fille de rêve qui aurait pu choisir d’autres métiers, au risque qu’il n’y ait pas une telle vamp, mais plutôt la société qui n’avait rien prévu pour cette catégorie de personnes. Mon ami avait abondamment parlé de cette fille pour faire comprendre la situation de Georges Taï Benson qui est pourtant l’équivalent du journaliste français Michel Denisot au regard de la manière dont les deux personnages ont réussi à envoûter les téléspectateurs de leur pays respectif. Georges Taï Benson est donc un symbole qu’une nation, sauf amnésie de ses plus hauts dirigeants, se devait de protéger…
Il en est de même de la corporation des artistes musiciens et des journalistes. Chaque fois que quelqu’un essaie de parler de la responsabilité de l’Etat de Côte d’Ivoire envers ses symboles, il y a toutes sortes de théories qui naissent pour le disculper. Par exemple, pour ce qui est de notre corporation, les amis et autres proches de Ouattara estiment que celui-ci ne va pas alimenter les caisses d’une presse qui le critique à longueur de pages de journaux. C’est donc au nom de cette logique que l’expérience de la subvention de l’impression n’a pas été reconduite l’année qui suivit son expérimentation. En un mot comme en mille, pour avoir droit à la vie, il faut chanter les louages d’’Alassane Ouattara.
Tel est l’environnement dans lequel se meut le grand espoir d’une presse professionnelle et qui, au vu de la réalité, semble plus préparé à tuer les entreprises de presse qu’à les aider à prospérer. A titre d’exemple, le gouvernement français verse chaque année une subvention budgétisée à tous les journaux français. A ceux qui sont proches du pouvoir comme à ceux qui ne le défendent pas. De nombreuses théories pullulent, là aussi, qu’il suffit de recentrer la vie politique nationale autour de deux grands quotidiens. La Côte d’Ivoire s’est pourtant payé le luxe d’en autoriser un seul jusqu’en 1990. Les journalistes de cette époque s’en sont-ils mieux portés que ceux d’aujourd’hui ? Pas si sûr.
La vraie question réside donc dans le coup de pouce de l’Etat à travers une série de défiscalisations qui, elles, permettraient aux entreprises de presse d’imprimer à moindre coût afin d’augmenter leurs marges et mieux payer leurs journalistes. C’est le devoir de n’importe quel gouvernement d’améliorer le sort de ses concitoyens. Quand les pays occidentaux ont injecté de l’argent public dans des banques qui étaient en phase de dépôt de bilan, ils ont avant tout pensé aux citoyens de leur pays dont la vie serait mise en danger par de telles faillites…
Je sais que ce n’est pas autour de la mort de Jean Claude Koré, journaliste dans un petit organe de presse comme Aujourd’hui que se ferait le procès d’un gouvernement laminé par ses propres excroissances et que ses fonctionnaires d’abord grisés par ses annonces spectaculaires attendent désormais de pieds fermes. Je veux juste aider à comprendre que c’est naturellement s’abonner à la pauvreté que de choisir le métier de journaliste dans notre pays.
Pour le reste, j’espère que de la haut, J.C Koré comprendra notre impuissance, nos errements parfois. Mais surtout, nos doutes devant son infortune. Des années d’une lutte inégale ont certes fini par avoir raison de sa bonhomie et de sa joie de vivre. Mais il restera toujours un peu de nos discussions enflammées… pour refaire le monde.
 Joseph Gnahoua Titi

22:48 Écrit par Alain Doh Bi | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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