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12/01/2014

AIRD : DISCOURS DE VŒUX DU PRESIDENT ERIC KAHE, par vidéoconférence, 11janv2014

 

AIRD, Kahé Eric, Exilé PolitiqueLe Samedi 11janvier 2014 à 10h, a eu lieu la cérémonie de présentation de vœux de l'Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie(AIRD) à son Président KAHE ERIC, à la Salle 5 de l'Hôtel Bellecote à la Riviera Bonoumin à Abidjan. En exil depuis la crise postélectorale, Le Ministre KAHE ERIC, Président de l'AIRD, a profité pour prononcer un discours par vidéoconférence dans lequel il a souhaité ses vœux à ses militants et tout en déclinant les grandes actions futures de son Parti.


DISCOURS INTEGRAL DE M. KAHE ERIC, PRESIDENT DE L'AIRD

Chers Camarades de l’Alliance

Chers amis de l’AIRD (Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie)

Honorables Invités, en vos rangs et grades

L'année 2013 vient de s'achever, et avec elle, le 998ème jour de la détention arbitraire du président Laurent Gbagbo, ainsi que de son épouse. Ce chiffre à lui seul suffit à décrire ce que fut pour nous, Ivoiriens démocrates épris de vérité, de paix, de justice et de liberté, cette troisième année de l'après-guerre qui me positionne au 994ème jour d’exil.

Point n'est besoin de s'attarder sur le bilan réel des "avancées" de la société ivoirienne au cours des douze mois écoulées, rapportées aux promesses énoncées:

En ce qui concerne le respect des droits de l'homme, les rapports ne se comptent plus, mettant  en parallèle les tentatives d'assassinat de personnalités ivoiriennes en exil, d'innombrables témoignages de la violation de ces droits au quotidien, les expropriations de pauvres paysans de leurs terres, les exactions régulières d’une armée soutenue par des milices tribales affichant 220 morts à leur tableau de chasse, la "politique" des arrestations arbitraires, des tortures, des disparitions inexpliquées, des débordements de violence sur fond d'impunité. Cette "politique" ne s'est jamais si bien portée; ce règne de l'arbitraire emportant sur son chemin aussi bien citoyens anonymes (comme ce jeune assassiné le 31 décembre pour avoir révélé l'emplacement d'une dizaine de puits contenant les dépouilles des massacrés de Nahibly) que syndicalistes célèbres à l’instar de Mahan Gahé, décédé il y a un peu plus de trois mois des suites des tortures subies aux premières heures de  sa détention. En la mémoire de tous nos compatriotes disparus, observons une minute de silence.

Sur le plan sanitaire, tant au plan prophylactique qu'à celui des soins apportés, le niveau des prestations offertes par l'État ivoirien à la veille du 11 avril n'a jamais été rattrapé, pas plus que n'ont été rattrapées les conséquences désastreuses des destructions d'infrastructures perpétrées par les bombardements. Et ce n'est pas l'inauguration de quelques cliniques de luxe pour nantis proches du pouvoir qui pourra atténuer la noirceur de ce constat. Aujourd'hui, même les accouchements sous contrôle médical ne sont plus à la portée des plus pauvres...

Dans le domaine de l'éducation, la liste serait trop longue à établir, des dysfonctionnements en tout genre dont souffrent les écoles et les universités : là aussi, les dégâts incommensurables infligés par la guerre de mars-avril 2011 sont loin d'avoir été réparés, la plupart des sommes officiellement destinées à la reconstruction ayant fini dans des poches indélicates.

Pour ce qui est de l'économie, ce ne sont pas de belles paroles qui suffiront à enrayer la courbe exponentielle de l'aggravation du chômage. Quant à la perspective prétendument "consolatrice" de création de milliers d'emplois dans le secteur de la main-d'œuvre agricole, véritable sous-prolétariat à la merci de quelques multinationales, elle ne fait que renforcer le sentiment d'un naufrage non seulement subi, mais programmé de ce "bateau-Ivoire" où le gré à gré et la concurrence déloyale tuent à petit feu les entreprises ivoiriennes.

Après le 19 septembre 2002 et ses dramatiques corollaires, après le 11 avril 2011 et ses préliminaires meurtriers, chacun sait désormais quels sont ceux qui ont un projet pour le peuple et ceux qui n’en ont que pour un clan. On reconnaît un arbre à ses fruits ou à ses feuilles. Les fruits n’ont pas répondu aux promesses des fleurs et nous continuons d’attendre les hommes qui nous avaient été promis. Et pourtant, de quelle guérison miraculeuse ne nous a-t-on pas assurés, au point de nous imposer l’embargo sur les médicaments !

Alors qu’ils se réclament de FHB, ils ont refusé le dialogue « l’arme des forts » et ils continuent de moquer les initiatives de concertation ! Les enfants de l’apôtre de la paix ont sali sa mémoire en préférant la guerre à la solution politique. FHB est juste pour eux un instrument ! Reprenons le combat là où FHB a été contraint de le laisser !

Quand, pour le pouvoir, on vide les prisons pour distribuer des armes à de grands criminels, on récolte l’insécurité dangereuse pour le peuple au point qu’on a soi-même recours aux forces étrangères.

Quand un procureur de la république, pour plaire au prince et protéger les génocidaires, les élève au grade de « sauveurs de la république », cela s’appelle insulter la mémoire de nos milliers de compatriotes morts et cracher sur les souffrances des survivants tout en divisant les Ivoiriens par de profondes fractures.

Quand un pouvoir protège des criminels qui continuent d’être une menace permanente pour des innocents ainsi contraints à l’exil, il détruit la fibre nationale.

Quand un régime s’abrite derrière un discours vertueux pour piller ou laisser piller, il compromet l’avenir des jeunes.

Quand on érige la haine en un système politique, on confirme tout le mal que les adversaires ont pensé et dit de soi.

Nourrir une ambition est légitime mais ne pas en avoir la compétence est presqu’un crime. Maintenant que la vérité est connue mettons balle au centre, mettons balle à terre.

Chers compatriotes, comme nous aide à le comprendre cette brève évocation de nos maux emblématiques, le premier des ennemis que nous avons à combattre, c'est le mensonge en politique, avec son cortège de compromis sur fond de vénalité galopante : n'oublions pas que la corruption endémique dont souffrent les nations africaines n'est que le fruit de la perpétuation d'une politique, fondée sur le recrutement d'élites locales vendues aux intérêts exclusifs de leurs maîtres. Il nous faut impérativement, tirant les leçons de ce que nos récents échecs doivent à ces tares héritées d'un passé d'asservissement, remettre à l'honneur, sur la scène politique et sociale, les vertus premières du désintéressement et de l'intégrité, mises au service d'une détermination visionnaire. La restauration de notre pays est à ce prix.

Quant aux modèles à suivre, Il nous appartient de les réinventer, en nous aidant de ces valeurs immémoriales qu'une habile stratégie de domination nous a lentement persuadés d'abandonner, comme un objet de honte, au profit de la seule valeur que l'on ait su nous proposer en échange, celle du profit. D'immenses réservoirs d'intelligences africaines n'attendent aujourd'hui que de s'atteler à la tâche de ces indispensables ruptures dont la planète entière bénéficiera un jour. Réapprenons à voir l'Afrique en général, et la Côte d'Ivoire en particulier, comme ces grands laboratoires du construire ensemble où se sont élaborées au fil des siècles des milliers de recettes proprement miraculeuses : il ne tient qu'à nous de dénoncer le cliché d'une Afrique vouée aux conflits sanglants comme le fruit séculaire de manipulations en cascade.

Chers camarades militants,

Au moment où nous entamons l’année 2014, je voudrais formuler pour chacun de vous, membres de notre parti, sympathisants, compatriotes et amis de la Côte d'Ivoire ainsi que pour vos familles respectives, mes vœux de bonne et heureuse année. Qu’elle offre à tous, des occasions de joie et de bonheur et fasse par ailleurs grandir en vous la foi dans l’action militante engagée au sein de l’Alliance.

En effet, 2013 a permis à notre parti de renouer – après deux années sous l’éteignoir – avec la poursuite de l’idéal qui était le sien à sa création en 2006 : la démocratie dans une république empreinte de nos diversités. Grâce à ce renouveau, manifesté non seulement par ceux qui s’étaient murés dans le silence par la force des événements mais aussi par ceux qui nous ont rejoints, l’AIRD a relevé la tête face à l’adversité. Chacun de vous constitue donc à l’orée de l’année 2014 un maillon essentiel du nouveau dynamisme de notre parti. Soyez-en sincèrement remerciés.

Lorsque l’on est orphelin, on se contente des vieilles mamelles de sa grand-mère, dit-on en Afrique. C’est exactement ce que nous avons fait et c’est sur cette voie que nous devons continuer en nous prenant en charge.

Orphelins, vous avez joué la carte de la solidarité et ma fierté est grande de constater que cette cérémonie a été entièrement prise en charge par les militants autour de la direction intérimaire et le précieux appui de la diaspora ! Mes remerciements émus au doyen Luc Gnepa, le président intérimaire, à son équipe et à chacun de vous.

Orphelins, face aux contraintes de l’exil, sans moyen de rencontre et de travail, nous avons eu recours au Net. Avec de nombreux compatriotes, j’ai eu de longs échanges, notamment avec chacun de vous ici présent. Votre présence est l’éloquente illustration du résultat. Notre parti s’est modernisé. Les inscriptions se font désormais en ligne et les statistiques qui viennent de vous être présentées prouvent sa vitalité et son ancrage dans toutes les couches ethniques et socio-professionnelles.  D’autres hésitent à nous rejoindre, en raison du dégoût que suscite désormais la politique à cause du climat de terreur et de haine savamment alimenté par les extrémistes du régime. Nous devons définitivement tuer la peur en nous et tendre sans rancune nos bras d’amour à tous. Car il y a mieux que la haine : la nation

Les défis qui nous attendent sont certes nombreux mais ne devraient en aucune façon affaiblir notre foi en l’avenir. Bien au contraire. Devant l’injustice qui frappe systématiquement une partie de la Côte d’Ivoire parce que ses aspirations ne sont pas inscrites au programme du nouveau gouvernement – rattrapage ethnique oblige, nous dit-on – nul ne saurait accepter de baisser les bras. Devant les emprisonnements arbitraires et les massacres sélectifs, les démocrates que vous êtes trouverez toujours assez de courage pour aller à la conquête de la Liberté.

Aussi, j’ai confiance en l’ardeur qui anime les cœurs des défenseurs des causes justes que je lis en vous. J’ai confiance dans les talents – petits ou grands – que chacun porte en lui comme sa pierre personnelle à la construction de l’édifice commun, ou comme le nectar que chaque abeille apporte à la fabrication du miel nécessaire au bonheur de tous, le miel nécessaire au bonheur de tous les Ivoiriens dans leur diversité. Pour ma part, je ne négligerai pas mes efforts pour souligner les talents individuels et vous encourager à œuvrer à la construction de la Côte d’Ivoire.

Bien sûr, la reconstruction de notre pays et la réalisation des aspirations de tous les Ivoiriens passent par la normalisation de l’espace politique et social de la Côte d’Ivoire. C’est pourquoi, devant la partialité internationalement reconnue du pouvoir en place, l’AIRD réaffirme par ma voix son attente de la libération sans condition de tous les prisonniers politiques, à commencer par le premier d’entre eux contre le lequel on peine à trouver des preuves depuis près de trois ans, le retour et le rétablissement des exilés sur leurs terres et dans leurs biens, l’instauration des conditions d’une vie démocratique satisfaisante sur l’ensemble du territoire pour tous les partis.

Nous ne sommes pas de l’avis des équilibristes ou revanchards qui souhaitent que tel groupe rejoigne telle personnalité à tel endroit car la place des hommes politiques n’est pas dans les prisons. Il faut aussi comparer ce qui est comparable. Nous proposons la réconciliation par la justice transitionnelle qui a l’avantage de garantir le « plus jamais ça » sans embrasser l’impunité.

Cependant, sachez tous que la reconstruction du pays et l’instauration des idéaux qui nous sont chers nécessiteront le regroupement d’un grand nombre d’Ivoiriens au sein de notre parti. Plus nous serons nombreux sur le terrain, plus aisée sera la conquête des cœurs de nos compatriotes. Cette tâche devra être une constante durant cette année 2014. Je compte donc sur vous pour poursuivre l’œuvre d’explication et de diffusion de nos idées.

Pour l’avenir, nous donnons une occasion à tous les chantres de la démocratie de le prouver. S’ils ont le courage d’accepter les conditions d’élections à normes minimales, sans milices tribales et rebelles armés agissant en toute impunité, avec une Commission Électorale non vampirisée par des organisations qui n’y ont plus leur place, le peuple répondra à la question de l’éligibilité de chacun. Mais aurons-nous le courage et l’honneur d’une telle démarche ?

La plus belle victoire du peuple ivoirien aura été sa dignité face aux pires souffrances de son histoire. Cela a permis de démasquer les dictatures policées aux verbes mielleux. Aidons-le à continuer de rester digne.

Quant à moi, j’ai décidé dès cet instant d’offrir ma vie à mon peuple dans sa quête de liberté, de dignité et de bien-être. Cette offre est au service de tous, dans un pays où tous ont les mêmes droits et les mêmes devoirs.  Ne faisons pas comme ceux qui gouvernent par effet de communication et d’annonce. Parler peu pour faire parler nos actes doit être notre cap quotidien. Désormais, notre parti, l’Alliance, sera une force de propositions pour réduire les inégalités sociales et la pénibilité du travail, mettre en œuvre une politique agricole performante et autosuffisante, corriger les injustices, assurer l’instruction gratuite pour le développement social et l’élévation de la conscience citoyenne, en un mot bâtir une cohérente politique de solidarité, de justice et de développement.

 

BONNE & HEUREUSE ANNEE 2014 !

18:39 Écrit par Alain Doh Bi | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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