topblog Ivoire blogs

09/01/2013

2013 : l'année de la fin du mythe du "super-économiste" Ouattara

Dramane ouattara, Boulon d'AbidjanPar Théophile Kouamouo

A la fin de cette année, qui osera encore tresser des lauriers à Alassane Ouattara sans avoir peur du discrédit ? Faites vos jeux ! Il est en tout cas évident qu’en 2013, le monde se rendra à l’évidence qu’il ne suffit pas d’avoir fait carrière au Fonds monétaire international (FMI) pour être un bon chef d’Etat et redresser l’économie d’un pays africain pauvre, très endetté et déchiré par plus d’une décennie de guerre, d’affrontements politiques et de tragédie.

 

Qui ne l’a pas constaté ? Dès lors qu’il est devenu évident pour tous qu’Alassane Ouattara, dont le sadisme revanchard le plus disproportionné est l’axe principal de gouvernance, ne serait pas l’homme qui réconcilierait les Ivoiriens, les commentateurs complaisants se sont accrochés comme à une bouée à un «lot de consolation» : même s’il est un «hyper-président» acariâtre et en déphasage avec le cœur battant de la Côte d’Ivoire, il saura faire redémarrer économiquement le pays et noiera toute la rancœur nationale dans un torrent de milliards. Cette «thèse», le quotidien catholique français La Croix l’a résumée dans cette phrase : «Le président ivoirien estime que les perspectives d’enrichissement vont détourner les Ivoiriens de leur envie d’en découdre».

 

Mais il y a un hic ! 2013 commence avec de sombres perspectives quant au pouvoir d’achat desdits Ivoiriens ! Les prix du gaz, du carburant et du pain s’envolent. Et tout semble montrer que ce n’est que le début d’augmentations en cascade. L’année dernière a été celle des licenciements dans les entreprises parapubliques, cette année pourrait bien être celle où l’Ivoirien «lambda» paiera, avec le peu qui reste dans ses poches trouées, la «facture de la guerre» et le coût faramineux de la longue marche heurtée vers le pouvoir de l’actuel chef de l’Etat…

 

Une croissance mécanique et trompeuse comme après la dévaluation

 

Il faut bien se rendre à l’évidence. La croissance de 8% de 2012 n’a été qu’un effet mécanique de la fin des affrontements armés, de la relance de tous les travaux du Programme d’Urgence des Infrastructures Urbaines (PIUIR), dans les tuyaux avant l’élection présidentielle, et surtout du surendettement prodigieux – occasion de détournements de fonds multiples et variés – et des coups de pouce divers venus des nombreux amis occidentaux d’Alassane Ouattara, tout à leur enthousiasme après son installation sur le fauteuil présidentiel. Cette croissance est tout aussi mécanique et illusoire que celle d’après la dévaluation de 1994, qui n’a eu aucun effet à long terme sur l’économie et le pouvoir d’achat, et qui s’est progressivement affaiblie, avant d’être pulvérisée par le coup d’Etat du 24 décembre 1999.

 

Nul n’est besoin de sortir de la London School of Economics pour se convaincre d’un certain nombre de vérités. Pour se relancer économiquement, la Côte d’Ivoire doit régler des questions de fond, qui vont au-delà des coups de pouce des petits copains planqués au sein des institutions de Bretton Woods. Premièrement, elle doit résoudre la question de la gouvernance, parce qu’on n’investit massivement que dans des pays dont l’avenir est plus ou moins prévisible. Qui peut sincèrement croire qu’une nation quotidiennement dépouillée par ce qui lui tient de force armée (les FRCI), dont la sécurité et la stabilité brinquebalantes ne tiennent que grâce à des milliers de soldats étrangers (ONUCI et armée française), peut devenir «le Tigre africain» dont parlait la complaisante plume de Mireille Duteil dans l’édition de fin d’année de l’hebdomadaire parisien Le Point ?

 

Deuxièmement, la Côte d’Ivoire doit pouvoir rassurer ses partenaires extérieurs sur sa capacité à produire des alternances démocratiques pacifiques, comme le Ghana et le Sénégal, loin des incertitudes des «démocratures» qui règnent à Lomé, à Yaoundé ou à Brazzaville. Depuis son indépendance, jamais le pays des Eléphants n’a connu de passage de témoin serein. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, appuyé sur une rébellion armée criminalisée, Ouattara travaille à verrouiller les institutions, notamment le pouvoir législatif et la Commission électorale, noyautée par les siens. Des centaines d’opposants réels et supposés sont embastillés, des milliers d’Ivoiriens sont réfugiés dans des pays voisins. Le pouvoir procède à des épurations au sein de la «Grande Muette». Pas besoin d’avoir fait «Sciences Po» pour en déduire que les fondamentaux de la stabilité démocratique sont loin d’être réunis. Du coup, les multinationales qui ont le choix préfèrent s’installer à Accra ou à Dakar, et prospecter prudemment à Abidjan.

 

L’économie, ce n’est pas la comptabilité

 

 

 

Troisièmement, la Côte d’Ivoire doit vaincre le signe indien de l’exploitation des matières premières, et relever le défi de l’industrialisation et de l’économie des services. Sur ce terrain, aucun signal rassurant à l’horizon ! Alors que le Gabon a engagé un courageux bras de fer visant à contraindre les exportateurs de grumes à transformer le bois du pays sur place, Alassane Ouattara a opéré un spectaculaire mouvement en arrière. «La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de fèves (1,4 millions de tonnes estimées en 2011-2012), demeure aussi le premier producteur de produits semi-finis : elle broie plus du tiers de sa récolte (532 000 tonnes) ; c’était une priorité pour le pays : augmenter la valeur ajoutée de ses exportations. Mais malgré le discours toujours volontariste dans ce domaine, puisque l’objectif est de transformer la moitié de la production en 2015, les autorités d’Abidjan viennent de prendre des mesures qui contrarient brutalement cet essor : à deux reprises depuis le début de la campagne cet automne, elles ont augmenté les taxes sur les exportations de produits semi-finis, ce qui rogne les marges de cette activité. L’un des plus gros exportateurs de cacao, l’Américain Cargill, en a tiré les conclusions la semaine dernière : il a décidé de stopper l’expansion de ses capacités de transformation en Côte d’Ivoire. Cap sur l’Indonésie, le troisième producteur mondial (480 000 tonnes), avec un projet d’usine de broyage qui devrait démarrer au deuxième trimestre 2014», nous apprend la chronique des matières premières de RFI, média qui a toujours été un soutien zélé de l’actuel occupant du Palais présidentiel du Plateau. Au final, on retiendra qu’Armajaro, firme spéculatrice sulfureuse qui n’a pas monté la moindre usine dans le pays, jouit des mêmes avantages que des industriels qui ont investi, même trop peu, dans la transformation des fèves. Quant aux services, comment penser sérieusement qu’ils peuvent se développer alors que la Côte d’Ivoire est 177ème sur 185 pays dans le classement «Doing Business» 2013, et que huit indicateurs sur dix sont en dégradation par rapport à 2012 ?

 

Les défis sont gigantesques. Ils ne peuvent être relevés que dans un contexte de concorde, d’adhésion de toutes les composantes de la Nation à un contrat social nouveau et inclusif, loin de la démagogie mensongère et arrogante des vainqueurs du moment. L’économie n’est pas la comptabilité. Lee Kuan Yew, père du miracle économique singapourien, et Franklin D. Roosevelt, architecte du «New Deal» qui a ressuscité les Etats-Unis après la grande crise de 1929, n’étaient pas de simples répétiteurs plus ou moins inspirés de la vulgate d’institutions étrangères. Ils étaient des politiques avant tout, d’authentiques patriotes en phase avec les aspirations profondes de leurs peuples respectifs.

 

SOURCE: Théophile Kouamouo

10:37 Écrit par Alain Doh Bi | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.