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18/09/2012

Réaction du FPI relative à la suspension des journaux proches du Président Gbagbo

FPI, suspension des journaux Pro-GbagboDéclaration liminaire

Point de Presse

004/2012

Relativement à la suspension de 6 journaux pro-Gbagbo par le CNP

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Camarades militants et sympathisants du FPI

Chers invités,

 

Ce jour mardi 18 septembre 2012, la Direction du FPI a appris que, « contre toute attente, le CNP et le JV11 sont parvenus à un accord qui a permis la publication des 6 journaux pro-Gbagbo suspendus la semaine dernière ». Le FPI se félicite de la mobilisation nationale et internationale ayant abouti à cette issue heureuse autour d’une question fondamentale pour les jeunes nations africaines.

Pour s’en convaincre, il nous plait de revenir sur les faits avérés et inaltérables décrits par le JV11 lors de sa conférence de presse de vendredi dernier. De fait, selon, M. César ETOU (DG de la Refondation S.A), « le mercredi 12 septembre 2012, statuant en session extraordinaire, le Conseil National de la Presse (CNP) a pris la décision de suspendre d’une part :

·         Les quotidiens Le Nouveau Courrier, LG infos, Le Temps, Aujourd’hui et Le Quotidien d’Abidjan pour 6 parutions, suite à « la publication de légendes interdites » sous des photographies de personnalités du régime Gbagbo en détention ;

D’autre part

·         Le quotidien L’Alternative pour 12 parutions pour « reproduction de légendes interdites » et pour « ours de publication identique à celle de Notre Voie », quotidien suspendu aussi.

Avant cette date, le 9 septembre 2012, le CNP avait déjà infligé une suspension de 6 parutions au quotidien ‘Notre Voie’ pour « la publication de légendes interdites ».

Dans tous ces cas de suspensions, alors que la loi stipule que la décision n’est applicable qu’à partir de sa notification, selon le président du JV11, M. César Etou, « le CNP a toujours pris sur lui d’appeler nuitamment les imprimeurs et le distributeur pour leur demander de refuser d’imprimer ou de distribuer les journaux en confection, sans même avoir notifié la décision aux entreprises de presse frappées ».

 C’est du reste – poursuit M. César ETOU - cette décision manifestement injuste contre la liberté de la presse qui a soulevé l’indignation des JV11 et poussé tous les responsables du Collectif à publier, de façon solidaire, les mêmes photos et légendes, espérant amener le CNP à se remettre en cause.

 

 Malheureusement, en lieu et place de cette introspection souhaitée, l’institution de régulation a choisi de se discréditer totalement aux yeux de la corporation et d’exposer son ridicule à l’opinion nationale et internationale.

 

 De fait, selon le CNP, suite à « l’ordonnance n° 2011-007 du 14 avril 2011 portant annulation d’actes réglementaires et individuels », tout journal qui attribue le titre de Premier ministre à M. Marie Aké N’Gbo et/ou de Ministres aux membres du gouvernement formé le 6 décembre 2010 sous l’autorité du Président Gbagbo « fait de la sédition et tombe sous le coup de la loi ». De quelle loi s’agit-il ici ? Une loi ivoirienne ou une loi CNP ? Nous y reviendrons.

 

 

En attendant, dans l’application des sanctions liées à cette « loi », le DG de la Refondation S.A. nous apprend que « le CNP a malheureusement adopté un comportement partisan et sélectif avec des exemples patents. Ainsi,

 

·         Concernant les journaux pro-Gbagbo :

 

-          M. Raphaël Lakpé, Président du CNP, depuis son installation à la tête de l’institution, a régulièrement convoqué les responsables des JV11 pour leur tenir des propos indécents, voire injurieux, doublés de menaces de fermeture des journaux pro-Gbagbo ;

 

M. Raphaël Lakpé est passé à l’acte en contraignant le CNP à suspendre, le 9 septembre 2012, le quotidien ‘Notre Voie’ pour 6 parutions et le 12 septembre 2012, 6 quotidiens pro-Gbagbo pour 6 à 12 parutions.

 

·         Concernant les journaux pro-Ouattara

 M. Raphaël Lakpé fait montre d’une cécité surprenante face à la même « faute ». Quatre (4) exemples choisis sur le même sujet qui domine l’actualité, suffisent pour illustrer cette catégorisation de la presse ivoirienne :

 

Exemple 1 : Le quotidien Le Patriote, dans sa parution des samedi 8 et dimanche 9 septembre 2012, écrit à sa « Une », les lignes qui suivent : « Justin Koné Katinan : Ces crimes qui l’accablent ; Pourquoi l’ex-ministre de Gbagbo peine à se libérer de la Justice ».  Une semaine plus tôt, Le Patriote, dans sa parution des samedi 1er et dimanche 2 septembre 2012, à la page 4, publie un article intitulé « Extradition de Katinan Koné : L’audience du Porte-parole de Gbagbo reportée » dans lequel il est écrit : « M. Katinan a été interpellé le 4 août (…). Il était ministre du Budget pendant les trois mois de crise ouverte… »

 

 Exemple 2 : Le quotidien Le Nouveau Réveil, dans sa parution du 7 septembre 2012, à la page 3, publie un article intitulé « Coup de tonnerre à Accra : Katinan n’a pas le statut de réfugié du HCR » dans lequel il est écrit : « Le monde s’effondre autour de Koné Katinan. (…) l’éventualité d’une extradition de l’ex-argentier de Gbagbo se précise ». Puis, sous la photo de Koné Katinan, le journal écrit cette légende : « Koné Katinan, ex-ministre du Budget de Laurent Gbagbo » 

 

 Exemple 3 : Fraternité Matin, le quotidien gouvernemental lui-même, dans son édition du 27 août 2012, à la page 8, dans un article intitulé « Interpellation : Koné Katinan écroué au Ghana » publie la ligne qui suit : « Vendredi dernier, Koné Katinan, ancien ministre du Budget de Laurent Gbagbo, a été interpellé au Ghana par la police de ce pays(…) ;

 

 Exemple 4 : Toujours Fraternité Matin, dans sa parution du 6 septembre 2012, à la page 6, répète : « La Haute Cour de Justice du Ghana a dit, hier, niet aux avocats de Koné Katinan (…). L’ancien ministre du Budget et Porte-parole de Laurent Gbagbo continue d’être gardé à vue »…

 

 Au vu de ces exemples, il est impossible de ne pas s’interroger. Si – comme s’interroge le JV11 - donner les titres de ministres aux personnalités du dernier gouvernement Aké N’Gbo formé sous l’autorité du Président Gbagbo est une faute, pourquoi M. Lakpé ne sanctionne-t-il pas ces journaux pro-Ouattara ? Leur a-t-il délivré un permis de violer la « loi », de faire de la sédition ? Pis. S’il s’agit de l’ordonnance du 14 avril 2011 citée par M. Raphaël Lakpé, le CNP n’a-t-il fait injure au Procureur de la République qui, dans les mandats d’arrêts internationaux qu’il a émis contre les personnalités pro-Gbagbo en exil, a fait porter, écrit noir sur blanc, les titres de ministres à ces personnalités pro-Gbagbo recherchés. En clair, « écrire leurs titres de Premier ministre ou de ministres sous leurs photos, dans un journal, ne peut constituer un délit. ». Alors, si la loi ne l’interdit pas, de quelle loi le CNP peut-il se prévaloir pour infliger une sanction sélective ?

 

 Mesdames et Messieurs,

 

 Chers amis journalistes,

 

 Le CNP – il faut bien l’admettre en même temps que le JV11 – sous « la houlette de M. Raphaël Lakpé, est pris en flagrant délit de partialité et de catégorisation de la presse ivoirienne. L’institution ne régule plus. Elle sanctionne aveuglément et sur un seul côté. » Fin de citation.

 

En vous invitant à ce point de presse, le but du FPI n’était pas de faire pression pour obtenir la levée des sanctions injustes à infligées aux quotidiens dits pro-Gbagbo. Cette opération, les journaux concernés l’ont réussi eux-mêmes. Une fois encore, la Direction du FPI les félicite pour leur combativité et leur esprit de dialogue.

 

Cela dit, le but de notre point de presse est – une fois de plus – de tirer sur la sonnette d’alarme. En tant que contre-pouvoir institutionnel, il est de notre devoir d’attirer l’attention de ceux qui – momentanément – gouvernent.

 

 Dans une république démocratique, la LOI est le socle indispensable à la PAIX et au PROGRÈS. La loi ne peut et ne doit pas se confondre avec la volonté du chef de l’Etat. En Côte d’Ivoire depuis le 11 avril 2011, la loi est constamment violée par ceux-là mêmes qui ont à charge de la faire respecter, dans l’intérêt de tous. Ce n’est pas parce qu’un communiqué de presse émanant de la Présidence de la République a menacé de poursuites judiciaires quiconque appellerait Alassane Ouattara en incluant à ce nom le « Dramane » qui a donné le diminutif ADO que le CNP doit se sentir obligé de traduire cette menace en acte.

 

 La décision - inédite au monde - de suspendre à la fois tous les journaux de la même tendance est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

 

 C’est pourquoi, la Direction du FPI voudrait – avec votre permission – tirer les leçons d’une régularité tendancielle implacable et dangereuse pour nos jeunes nations africaines. Il y va de la survie sociodémographique, économique et spirituelle d’une Côte d’Ivoire au bord du gouffre. Je retiens sept leçons.

 

 Première leçon :

 

 Sans vouloir raviver les douleurs et souffrances endurées par les uns et les autres, je tiens à signaler que c’est à l’issue d’un conclave aux conclusions mielleuses - les Etats Généraux de la Presse - que les JV11 ont été frappés sans ménagement. On se souvient que les JV11 avaient menacé de boycotter, à juste titre, les prétendus états généraux de la presse et qu’ils avaient sursis à leur décision au nom de la paix et de la cohésion nationale. Mais à peine trois semaines après la rencontre de Yamoussoukro, voilà que cette bonne disposition des JV11 est payée en monnaie de singe. Le régime a donc montré son vrai visage, celui d’un pouvoir qui a une conception ustensilaire et tragique des rapports politiques. Le zouglou man a dit avec raison :   « Premier gaou n’est pas gaou ».

 

 Pour sa part, le FPI félicite chaleureusement le JV11 et l’ensemble de la corporation en Côte d’Ivoire. Tous ont compris – au-delà des lignes éditoriales – qu’il s’agit de l’intérêt de l’instrument le plus précieux de la démocratie : la liberté d’expression. Le FPI soutient fermement les recommandations faites par le JV11 lors de sa conférence de presse, notamment la composition paritaire (pouvoir – opposition) du conseil exécutif du CNP. De notre point de vue, c’est la seule façon de rassurer les lecteurs sur la justesse des décisions à venir du CNP.

 

 Deuxième leçon : par le biais de son Ambassade, le gouvernement américain a marqué son indignation. Il a en effet accusé le gouvernement Ouattara d’avoir violé la liberté de la presse pourtant inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ; une atteinte d’autant plus intolérable que « le public est mieux servi lorsque la diversité d’opinion est librement exprimée à travers les médias ». Un régime adossé au « vivre ensemble » dans un pays multiculturel devrait, en principe, faire l’éloge de la différence en faisant la promotion de la diversité à tous points de vue.

 

 Les observateurs ont raison de s’inquiéter face à l’élan liberticide et d’épuration politique dont fait preuve l’Etat-RDR.

 

 Troisième leçon : en comparant les statistiques du harcèlement des journalistes et de leurs journaux sous les régimes Bédié, Guéi, Gbagbo et Ouattara, on s’aperçoit, sans effort, que le régime Ouattara  est de très loin le plus liberticide et que Laurent Gbagbo est le chef d’Etat, le plus généreux et donc le plus courageux de tous les temps. Les faits sont là pour faire taire ceux qui nient les évidences par mauvaise foi ou par malhonnêteté intellectuelle.

 

 Quatrième leçon : au-delà de ses effets psychologiques et politiques indéniables, la sanction qui frappait la presse pro-Gbagbo a eu un impact économique et social sur des milliers d’agents, à commencer par les petits revendeurs de journaux. Ces derniers ont constaté avec amertume, que les foules de "titrologues" sont de plus en plus clairsemées. Cela veut dire que la gouvernance RDR exclut plus de la moitié de l’opinion et qu’elle est incapable de réaliser l’unité et la cohésion nationale. Nous sommes face à un totalitarisme qui ne craint rien et qui nous conduit fatalement vers le naufrage  collectif, dans la mesure où l’arbitraire est toujours synonyme de mort : mort physique, mort économique, mort culturelle. Il en est ainsi parce que tout est lié dans la vie et que "lorsque l’œil pleure le nez ne reste pas insensible".

 

 Cinquième leçon : il n’y a pas si longtemps le FPI attirait l’attention de l’opinion nationale et internationale sur les pratiques liberticides du régime Ouattara. Condamner en 1ère instance à 6 mois d’emprisonnement ferme, un an de privation de droits civiques et un an d’interdiction de séjour à Abidjan le Secrétaire Général du 1er parti politique de l’échiquier national pour un « trouble à l’ordre public » qui n’a jamais eu lieu, refuser de verser le financement public d’un parti politique (au motif implicite qu’il faut l’affamer pour le contraindre à la mendicité), suspendre de parution tous les journaux de l’Opposition… Ces faits-là n’honorent pas notre pays. Tous les observateurs de la scène ivoirienne, y compris Reporters sans Frontière sont d’accord avec nous : la décision de suspension des JV11 « est un vrai recul de la liberté de la presse en Côte d’Ivoire » :

 

 -      recul par rapport aux préambules de la constitution ivoirienne ;

 

 -      recul par rapport à la gouvernance Gbagbo qui a permis que les quotidiens pro-Bédié et pro-Ouattara mènent leur combat en toute liberté ;

 

 Sixième leçon : conséquence de cet élan d’épuration et de musèlements politiques, la Côte d’Ivoire amorce un affaissement général humiliant par la faute du régime actuel :

 

 -      sur le plan de la compétitivité économique, notre pays occupe désormais le 131ème rang sur 144 dans le classement du forum économique mondial, très loin derrière le Benin, le Mali, le Burkina, le Sénégal, etc. ; 

-      en ce qui concerne la liberté d’expression et d’opinion, notre pays occupe le 159ème rang dans le classement de Reporters sans Frontière ;

 -      sous l’angle de l’insécurité et de l’usage des stupéfiants, notre pays occupe le troisième rang dans le monde. Il en est ainsi parce que nous traversons une période d’anomie exceptionnelle.

 

 Septième leçon : parce que le régime actuel méconnaît ou rejette les conditions sociales et politiques de l’émergence économique, il croit pouvoir faire de la Côte d’Ivoire un Etat émergeant en très peu de temps, en écartant les valeurs immatériels ou symboliques de la vie nationale. Et comme cela est impossible, il considère que le  vrai obstacle à son envol, c’est le FPI. Ainsi s’explique le harcèlement orchestré contre notre parti et les pro-Gbagbo dont les JV11. Peut-on casser le thermomètre pour espérer juguler la fièvre ?

 

 L’Etat-RDR veut en fait la stabilité pour gagner le paradis de l’émergence économique : 

-      stabilité au sens de silence imposé au vaincu par le vainqueur ; 

-      stabilité au sens d’une absence totale d’opposition ou d’alternance crédible ; 

-      stabilité et immobilisme à l’image des escargots. Or, les sociétés d’huîtres n’évoluent pas. 

La Côte d’Ivoire de 2012 n’est pas celle de 1960 ; le Mur de Berlin s’est écroulé il y a plus de 20 ans. Tout pouvoir qui ignore cela ou qui refuse de voir cette dure réalité en face devient simplement dangereux. Il s’apparente à quelqu’un qui veut aller au ciel et qui refuse de mourir. Mourir ici, en ce qui concerne l’Etat-RDR, c’est consentir des efforts pour engager sincèrement le dialogue politique ; amorcer le processus de réconciliation promis, libérer les prisonniers politiques, favoriser le retour apaisé des exilés et renoncer à la politique d’épuration ethno politique. En somme, rembourser toutes les dettes contractées lorsque le RHDP était dans l’opposition.

 

Mesdames et messieurs de la presse, 

Le FPI ne demande aucun régime de faveur. Nous exigeons le fruit de l’investissement que nous avons réalisé lorsque nous étions au pouvoir. Là-dessus, nous prenons la communauté internationale à témoin. 

Lorsque nous étions aux affaires, nous avons résisté à la tentation de liquider l’Opposition, de harceler les journalistes qui nous critiquaient. C’est pourquoi nous demandons au régime Ouattara de s’armer du même courage pour laisser prospérer la même critique. 

Lorsque nous étions aux affaires, nous n’avons contraint aucun journaliste à l’exil ; c’est pourquoi nous exigeons du régime Ouattara de faire le même geste s’il veut aller au ciel de la démocratie et de l’émergence économique.

 Lorsque nous étions au pouvoir, nous avions la crainte de demain, c’est pourquoi nous demandons à l’Etat-RDR de penser que "demain juge toujours". 

 

Enfin, nous demandons à la communauté internationale de rappeler au régime Ouattara que « les états forts et stables sont ceux qui sont gouvernés par la LOI ».

 

 

Je vous remercie.

 

 

Abidjan, le 18 septembre 2012

 

Le Secrétaire Général & Porte-parole

 

22:27 Écrit par Alain Doh Bi | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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