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17/09/2012

Côte d’Ivoire : Les journaux proches de Gbagbo réagissent à la levée de suspension abusive

Suspension, journaux bleusSous d’insoutenables pressions internationales, le Conseil National de la Presse (CNP) s’est réuni en séance extraordinaire ce lundi 17 septembre 2012. Le CNP, à l’issue de cette rencontre, a procédé à la levée de la suspension collective et arbitraire de 6 à 12 parutions prononcée contre l’ensemble des quotidiens proches de Gbagbo. Lesdits journaux bleus reprennent leurs parutions dès ce mardi 18 septembre 2012.

Ci-joint la déclaration liminaire exclusive des JV11 :

 

Déclaration des Journaux Victimes du 11 avril 2011 (JV11), suite à la levée de la suspension collective des quotidiens pro-Gbagbo

 

     En sa séance extraordinaire du lundi 17 septembre 2012, le Conseil national de la Presse (CNP), a procédé à la levée de la suspension collective et arbitraire de 6 à 12 parutions prononcée contre 6 quotidiens pro-Gbagbo. Lesdits journaux bleus ou pro-Gbagbo reprennent leurs parutions dès ce mardi 18 septembre 2012.

 

Les faits

 

   Statuant en session extraordinaire le mercredi 12 septembre 2012, le CNP avait pris la décision de suspendre :

•             Les quotidiens Le Nouveau Courrier, LG infos, Le Temps, Aujourd’hui et Le Quotidien d’Abidjan pour 6 parutions, suite à « la publication de légendes interdites » sous des photographies de personnalités du régime Gbagbo en détention ;

•             Le quotidien L’Alternative pour 12 parutions pour « reproduction de légendes interdites » et pour « ours de publication identique à celle de Notre Voie » ;

 

    Le 9 septembre 2012, le CNP avait déjà infligé une suspension de 6 parutions au quotidien Notre Voie pour « la publication de légendes interdites ».

  

    Selon le CNP, suite à « l’ordonnance n° 2011-007 du 14 avril 2011 portant annulation d’actes réglementaires et individuels », tout journal qui attribue le titre de Premier ministre (ou ex-Premier ministre) à M. Marie Aké N’Gbo et/ou de Ministres (ou ex-Ministres) aux membres du gouvernement formé le 6 décembre 2010 sous l’autorité du Président Gbagbo « fait de la sédition et tombe sous le coup de la loi ».

 

     Mais curieusement, dans l’application des sanctions liées à ce « crime », le CNP a adopté un comportement partisan, sélectif et inacceptable. Ainsi :

 

•             Concernant les journaux pro-Gbagbo :

   M. Raphaël Lakpé et le CNP sont passés des menaces à l’acte en suspendant, le 9 septembre, le quotidien Notre Voie pour 6 parutions et le 12 septembre 2012, 6 quotidiens pro-Gbagbo pour 6 à 12 parutions.

 

 

•             Concernant les journaux pro-Ouattara

   M. Raphaël Lakpé et le CNP ferment toujours les yeux sur la même « faute ». Cinq (5) exemples choisis sur le même sujet qui domine l’actualité, suffisent pour illustrer cette honteuse catégorisation de la presse ivoirienne :

 

- Exemple 1 : Le quotidien Le Patriote, dans sa parution des samedi 8 et dimanche 9 septembre 2012, écrit à sa « Une », les lignes qui suivent : « Justin Koné Katinan : Ces crimes qui l’accablent ; Pourquoi l’ex-ministre de Gbagbo peine à se libérer de la Justice ». 

 

- Exemple 2 : Toujours le quotidien Le Patriote, une semaine plus tôt, dans sa parution des samedi 1er et dimanche 2 septembre 2012, à la page 4, publie un article intitulé « Extradition de Katinan Koné : L’audience du Porte-parole de Gbagbo reportée » dans lequel il est écrit : « M. Katinan a été interpellé le 4 août (…). Il était ministre du Budget pendant les trois mois de crise ouverte… » (Doc 1).

 

- Exemple 3 : Le quotidien Le Nouveau Réveil, dans sa parution du 7 septembre 2012, à la page 3, publie un article intitulé « Coup de tonnerre à Accra : Katinan n’a pas le statut de réfugié du HCR » dans lequel il est écrit : « Le monde s’effondre autour de Koné Katinan. (…) l’éventualité d’une extradition de l’ex-argentier de Gbagbo se précise ». Puis, sous la photo de Koné Katinan, le journal écrit cette légende : « Koné Katinan, ex-ministre du Budget de Laurent Gbagbo » (Doc 2).

 

- Exemple 4 : Fraternité Matin, le quotidien gouvernemental lui-même, dans son édition du 27 août 2012, à la page 8, dans un article intitulé « Interpellation : Koné Katinan écroué au Ghana » écrit : « Vendredi dernier, Koné Katinan, ancien ministre du Budget de Laurent Gbagbo, a été interpellé au Ghana par la police de ce pays (…) ;

 

- Exemple 5 : Toujours Fraternité Matin, dans sa parution du 6 septembre 2012, à la page 6, répète : « La Haute Cour de Justice du Ghana a dit, hier, niet aux avocats de Koné Katinan (…). L’ancien ministre du Budget et Porte-parole de Laurent Gbagbo continue d’être gardé à vue »…

 

    Tous les journaux pro-Ouattara et le journal gouvernemental qui ont, eux aussi, attribué le « titre interdit » de ministre à M. Koné Katinan n’ont pas été suspendus.

    En vérité, sur l’interprétation même de l’ordonnance du 14 avril 2011, M. Raphaël Lakpé et le CNP se sont montrés plus royalistes que le Procureur de la République. Car, dans les mandats d’arrêts internationaux qu’il a émis contre les personnalités pro-Gbagbo en exil, le magistrat Simplice Koffi Kouadio a donné, écrit noir sur blanc, les titres, non pas d’ex-ministres, mais de ministres à ces personnalités recherchées. Ecrire leurs titres de Premier ministre ou de ministres sous leurs photos, dans un journal, ne pouvait donc constituer un délit professionnel.

 

       Enfin, fait encore notable, dans tous ces cas de suspensions, alors que la loi stipule que la décision n’est applicable qu’à partir de sa notification aux journaux intéressés, le CNP a toujours pris sur lui d’appeler nuitamment les imprimeurs et le distributeur pour les contraindre à refuser d’imprimer ou de distribuer les journaux, sans même avoir notifié la décision aux entreprises de presse frappées.

 

       Suite à ces décisions et actes attentatoires à la liberté de la presse, les réactions ont été nombreuses et en faveur de la libre expression. Ainsi :

•             Au plan national et international, l’on a assisté à une robuste levée de boucliers, jusque dans les chancelleries occidentales, contre le CNP ;

•             La Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) dirigée par son Président, le Premier ministre Charles Konan Banny, a reçu les JV11 et le CNP, le vendredi 14 septembre 2011, à la demande du Groupement des Editeurs de Presse de Côte d’Ivoire (GEPCI) et de l’Union nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), pour ouvrir « une médiation » ;

 

    Au bout de cette médiation initiée par le Président de la CDVR et poursuivie par une délégation du Conseil exécutif de l’UNJCI conduite par son président, M. Traoré Moussa dit M.T, les JV11 ont été informés que le CNP a :

-              admis que M. Marie Aké N’Gbo porte le titre de « Premier ministre » et que les personnalités qui ont siégé dans son gouvernement portent le titre de « Ministres » ;

-              levée ses sanctions, le lundi 17 septembre 2012, à la demande de l’UNJCI, en indiquant que les titres de ces personnalités pro-Gbagbo soient précédés du préfixe « ex », proposition faite par les responsables des organes JV11 et qui a pourtant été jusqu’ici refusée, comme le notifient d’ailleurs les décisions de suspension prises par le CNP.

 

La position des JV11

 

•             Constatant que le CNP a fini par accepter ce qu’il a jusqu’ici refusé ;

•             Constatant que les journaux pro-Gbagbo ont été injustement sanctionnés ;

•             Prenant cependant en compte le vaste mouvement de solidarité et la sollicitude des « médiateurs » autour de la liberté de la presse gravement mise à mal, les JV11 :

 

1-            Se félicitent de cette victoire de la vérité sur la tentative de falsification de l’histoire de la Côte d’Ivoire ;

2-            Remercient le Président de la CDVR, le Premier ministre Charles Konan Banny, pour sa forte implication dans la résolution de cette crise ;

3-            Remercient le Bureau du GEPCI et le Bureau de l’UNJCI pour leurs médiations dans la résolution de cette crise créée de toute pièce par le CNP ;

4-            Décident de différer leur plainte contre le CNP devant la Chambre administrative de la Cour suprême pour demander réparation ;

5-            S’en remettent au Président de la CDVR, M. Charles Konan Banny, concernant le lourd préjudice financier subi par les entreprises sévèrement sanctionnées sans que rien ne le justifie ;

6-            Se réjouissent d’avoir obtenu ce qu’ils désiraient, à savoir désigner les personnalités pro-Gbagbo par leurs titres d’ancien Premier ministre (Aké N’Gbo) ou d’anciens ministres (pour les autres) ;

7-            Remercient les lecteurs, annonceurs et partenaires pour leur soutien durant cette éprouvante étape de la reconquête de la liberté de la Presse ;

8-            Expriment leur gratitude aux chancelleries, aux organisations nationales et internationales de défense de la liberté de la presse pour leur choix sans ambigüité pour la diversité des opinions en Côte d’Ivoire.

 

 

Fait à Abidjan, le 17 septembre 2012

Pour les JV11

Le Président

César ETOU

 

 

 

20:23 Écrit par Alain Doh Bi | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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